Parce qu’il y a deux portes bleues à surveiller, dont l’accès est strictement interdit, le territoire provisoire et secret des immigrants de la Laanka se trouve juste derrière. Peut être que vous ne me croyez pas, pourtant dans le cadre de ce projet j’ai voulu prendre quelques photos du couloir en question, et on me l’a refusé sous des prétextes divers, alors que vraiment, de l’aveu même des gardiens : « Dans ce couloir, y ‘a rien à voir, rien à cacher. »

Un de ces mystérieux immigrants est entré en contact avec moi, par l’intermédiaire de colis postaux contenant des K7 audio remplies de ses élucubrations sonores ( effectuées à l’époque avec la bouche et quelques morceaux de bois et de plastique pour le rythme). Au départ, j’ai cru à une blague. Pourquoi moi ? Pourquoi m’envoyer ces trucs bizarres, sans explications, sans adresse pour répondre. Tout ce que je possédais comme information, c’était son nom, écrit maladroitement au dos du paquet : Herri Kopter.

Par la suite, il a commencé à apprendre des rudiments de français et d’anglais et a entrepris de me raconter son histoire. Nos liens se sont resserrés à tel point que nous avons entamé une correspondance quotidienne. Une lettre parvenait mystérieusement dans ma boîte aux lettres chaque nuit, et de mon côté, je glissais discrètement une réponse sous l’une des fameuses portes bleues. C’est ainsi que j’ai acquis des notions concernant leur culture ainsi que les bases de la langue écrite de ce peuple miniature, puisque nous ne nous sommes jamais rencontrés. Herri Kopter se refuse encore aujourd’hui à entrer en contact direct avec moi, ce qui est très logique dans sa situation clandestine. Laanka veut dire à la fois langue et pays : l’île ayant fondu, il ne reste que les mots comme territoire, je suis donc un peu entré dans ce monde clos, tout de même. Cette phrase extraite d’une de ses lettres exprime bien sa perception de notre monde : « Votre pays est énigmatique, cacophonique, régi par des règles incompréhensibles et comiques. Notre île était toute simple. Ces musiques racontent notre exil, le puzzle brouillé de ces deux mondes dans ma tête. »

Printemps 2000 : J’envoie un double des clés de mon local de travail et offre carte blanche à Herri Kopter pour enregistrer ses îles de sons avec du meilleur équipement que son enregistreur à K7 Fisher-Price. Comme je n’y travaille que le jour, il s’y enferme chaque nuit. Chaque matin je vais jeter une oreille sur son travail et lui laisse un petit mot.

Mars 2001 : L’album d’Herri Kopter est presque terminé. Je suis content d’avoir écrit ces quelques lignes pour mieux le faire connaître.

Jérôme Minière

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@Herri Kopter 2006