SUR
HERRI KOPTER ET LA LAANKA
Il
existe une minuscule communauté humaine non répertoriée
dans les registres de la planète, issue d’un accident
démographique inexplicable, d’un hasard farfelu : Des
naufragés de plusieurs nationalités ont échoué sur
le même îlot de glace situé près du
Pôle Nord magnétique et ont réussi à y
survivre, alors que tout le
monde les croyait morts. Ces miraculés nommèrent leur
nouveau pays : Laanka.
D’après les maigres fragments
d’information dont
je dispose : Il y a eu d’abord des familles Inuits isolées,
sans doute avant le 10ième siècle, puis des pêcheurs
basques au 12ième siècle, des normands ou vikings,
selon
les goûts, puis des moines irlandais et des marchands ou petits
trafiquants français, portugais, néerlandais
espagnols et italiens entre les 13ième et 20ième siècles
au hasard des naufrages successifs.
La Laanka est demeurée
un secret bien gardé, dont on
retrouve seulement quelques traces dans des récits
de marins sur le passage du Nord-Ouest, dans des légendes
toutes plus invraisemblables les unes que les
autres, ainsi que dans la tradition orale des inuits. Les expressions
qui reviennent les plus souvent sont « L’île
mythique des disparus », « L’île des géants
aux cheveux dressés sur la tête » ou encore « L’Atlantide
des
glaces ».
Or la Laanka a fondu fin 1997, victime du réchauffement de
la planète. Puis ce fut l’immigration groupée
de
ses quelque 1500 habitants (d’après une source non vérifiée)
par bonds successifs vers le sud. Ils auraienté
té pincés en juillet 1998 par les autorités
du Québec, alors qu’ils faisaient griller des marshmallows
sur un
grand feu dans une clairière aux abords d’une station
de ski des Laurentides. Un territoire provisoire et secret
aurait alors été négocié avec ces gens
de nulle-part, afin de les garder loin des regards curieux, d’éviter
tout
trouble politique ou social et de réfléchir à la
façon de les présenter officiellement à la population.
Il
existe une ville souterraine à Montréal, faite de
longs couloirs qui relient entre eux une série interminable
de
centres commerciaux et permettent aux consommateurs d’oublier
l’hiver. Une petite section de couloir, qui
forme un S entre les galeries de la Cathédrale et le centre
Eaton, est actuellement en rénovation, ce qui en
fait un « no-man’s land » commercial, une zone
de chantier, de transit, parfaitement inutile. Deux gardiens s’y
ennuient, écoutent distraitement la radio en nous regardant
passer. Pourquoi ?
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@Herri Kopter 2006
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