Probleme de vision ! Utilisez la Loupe Kopter

Interview avec Herri Kopter
Par Robert Matthieu, journaliste indépendant

Nous sommes dans le salon privé d’un grand hôtel montréalais. Un feu est allumé dans une grande cheminée.
Herri Kopter est assis devant moi sur un canapé de cuir. Il porte un costume strict et, les rumeurs ne sont pas infondées… Ce type a une drôle de tête. Mais je n’ai pas le droit d’en dire plus, sous peine d’annulation pure et simple de l’entretien, c’est écrit dans le «contrat d’interview Kopter » qu’une secrétaire vient de me faire signer.

1/ Tout d’abord, Herri Kopter, plusieurs disent que vous n’existez pas, que vous êtes imaginaire, que pouvez vous répondre à vos détracteurs?

Ma réponse est simple : Il se peut qu’une personne qui n’a jamais mis les pieds à New York doute de l’existence réelle de la statue de la liberté, une autre doutera de celle de la tour Eiffel, et une autre encore pensera que la muraille de Chine est une pure invention, n’ayant jamais eu l’occasion de sortir de sa Normandie natale.

2/ Mais, tout de même, vous vous faites plus que discret.

Oh, vous savez, j’ai une drôle de tête, je n’ai pas envie de la partager avec tout un chacun.

3/ Herri Kopter, vous êtes converti au capitalisme?

Oui, tout à fait. J’ai voyagé quelques mois autour de la planète pour tenter de trouver des fonds supplémentaires pour mon peuple, ainsi qu’une île isolée où nous pourrions nous installer sans déranger personne. Au cours de ce voyage, j’ai appris à mieux connaître la mentalité de mes contemporains et j’ai découvert que la meilleure façon de m’intégrer et de trouver des solutions pour mon peuple était de pratiquer le même jeu que tout le monde.

4/ Un jeu?

Je vois la vie comme un grand théâtre et il s’agit d’être dans le ton juste. En ce moment, c’est ça. Avant c ‘était autre chose …

5/ On vous dit mégalomane?

Non pas du tout. Par contre la compagnie internationale qui porte mon nom l’est tout à fait. Notre but est d’offrir des services gratuits dans tous les domaines imaginables, et ce, grâce à notre imaginaire justement. Je dois avouer que ça n’est pas une mince affaire.

6/ Pourrez-vous tenir longtemps en misant sur la gratuité de vos services?

Nos activités ne sont pas déficitaires, parce que l’imaginaire prend très peu de place et ne coûte absolument rien.
De plus l’imagination est une technologie propre, absolument non polluante.

7/ Mais par contre vous ne parviendrez pas à faire du profit!

(rires) … Mais qu’est-ce que vous croyez, nous en faisons déjà, nous faisons énormément de profit imaginaire.


8/ Mais ces profits imaginaires n’existent pas, c’est du vent!

(rires) … Mais qui a dit que le vent n’existait pas? (rires) … Vous feriez mieux de passer à la question suivante.

9/ Bon, je crois qu’on a compris que vous ne désirez pas donner plus d’explications, dommage … Voyons … Question suivante … Pourquoi demander à Jérôme Minière de composer un album de musique pour votre compagnie?

Jérôme m’avait donné un coup de main il y a quelques années. J’ai pu sortir de mon isolement grâce à lui, pour devenir en quelque sorte l’ambassadeur des laankais auprès des québécois . Aujourd’hui mes activités de patron me prennent absolument tout mon temps, je n’ai donc plus le loisir de composer de la musique. Par contre, j’aime toujours beaucoup en écouter et je me suis dit que si je commandais un disque à Jérôme, ce serait sympathique … (rires) Je crois que ça lui fait du bien de travailler pour les autres vous savez.

10/ Est-ce que les thèmes abordés par le disque lui ont été imposés?

Il était clair dès le départ que le contenu du disque devait se référer à ma compagnie, ainsi qu’à l’économie de marché, aux chiffres, au capitalisme, à la consommation de masse. Pour le reste il était libre.

11/ N’est-ce pas un peu absurde comme sujet de disque?

Pas du tout. I l fut un temps où les artistes mettaient toute leur énergie à représenter des scènes de la vie de Jésus, à construire des cathédrales, ou à glorifier le communisme. Des choses belles et des merdes en sont sorties. Aujourd’hui tout est plus individualisé et nombriliste, il manque aux artistes de grands sujets qui leur permettent de s’éloigner de leur sacro-saint « moi » et de se remettre un peu en question.

12/ Etes-vous content du résultat?

Vous voulez parler du disque… Je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de l’écouter en entier. Ça avait l’air sympathique. En tout cas, je suis content d’une chose, Jérôme n’a pas cherché à m’imiter, c’est ce que je craignais à vrai dire … (son téléphone cellulaire sonne) Excusez-moi … Oui oui … dites-lui d’aller se faire foutre! Je t’avais dit que …

13/ Euh … On peut reprendre?

Oui, excusez-moi j’ai des problèmes avec une de mes filiales … Enfin ce serait long à expliquer. Les affaires, vous savez! (rires)

14/ Je crois que j’ai fait le tour des questions que j’avais à poser?

Ah, c’est tant mieux. J’ai un rendez-vous urgent . Merci.